Françoise BONNEROT
Françoise BONNEROT

    Il ne s’agit pas, ces images, de les sortir de leur époque ou de l’Histoire pour leur faire subir le cadre encore plus contraignant et plus étroit d’une quelconque intemporalité ou pour les mettre à tremper dans le bain des valeurs patrimoniales et/ou universelles. Non, toutes, autant qu’elles sont, sont filles de leur époque et c’est en tant que telles qu’elles dérivent immobiles dans le temps. Je ne suis pas en train de dire que l’on gagnerait quelque chose à effacer d’une crucifixion, par exemple, le fait qu’elle en soit une et à dire simplement croix, et bleu et or. Mais en même temps il y a croix et bleu et or, et plissé, et objets dans le fond dérobé, et douleur visible et extase. Comme il y a aussi que de cet horizon dressé de l’image la crucifixion est l’apothéose. Nous pouvons, mais ce n’est pas mon cas, prier devant une telle image, mais nous pouvons aussi, pour peu qu’elle le permette, la détacher de ce qui la cloue dans le signe pour faire revenir toute sa complexité d’image, tout ce que, par-delà l’évidence du signe qui en un sens est une nuisance, elle a cherché à extraire du monde : de la chair et de la lumière, des ombres et des choses tombées sur la terre, des choses vues ou pensées qui vont être des vues offertes à la pensée. Toute crucifixion est déjà, en peinture, une déposition, parce que toute peinture, toute image dépose devant nous, fait horizon devant nous de son dépôt. Dépôt, il va s’en dire, c’est aussi le mot même qui nomme ce qui a lieu dans l’opération photographique.

 

Jean-Christophe Bailly  L’imagement  2020